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Autobiographie d’un liseron : ep 1

Autobiographie d’un liseron : ep 1

J’ai commencé ma vie en étant une graine. Ce qui prouve que je ne suis pas un clone et que j’ai un séquençage ADN personnel. Par contre, il est vrai qu’avec le temps j’ai produit des clones, et beaucoup. Je n’allais pas me gêner. Mais au moment où je commence ce récit, je n’étais qu’une graine de liseron, toute petite, colorée d’un vert qui est lentement passé au marron et je n’avais jamais entendu parler de clone. Je ne savais pas non plus que tout le monde me détestait et que je devrais passer ma très longue vie à trouver des stratégies pour résister à vos attaques.

Quoi qu’il en soit, j’ai pris conscience de mon état de graine un matin d’été. Je partageais alors un tout petit espace dans une minuscule coque avec d’autres graines comme moi, toutes serrées au centre d’une collerette rose et délicate ouverte vers le soleil.

Je ne sais pas combien de temps j’ai passé dans cette coque, par expérience je dirais le temps d’un été. Je n’ai aucune notion du temps. De la même manière je dois avouer que je n’ai pas vraiment de conscience et je n’ai pas non plus de sens qui ressemblent aux vôtres pour me permettre d’exprimer ce que je suis, ce que je vois ou ce que j’entends. En fait je ne vois pas, je n’entends pas, je ne ressens pas. Peut-être que ce qui m’est le plus commun avec vous, c’est l’état dans lequel une méditation très profonde vous plonge – je crois que là, nous avons quelque chose où nous pouvons nous comprendre. Pour le reste, c’est vrai que je ne ressens rien comme vous. Mais comme je suis bien plus intelligent que vous, bien plus ancien, bien moins périssable et bien plus sage, je vais employer vos mots et vos sens pour vous raconter ma vie dans votre jardin. Oui, en plusieurs siècles, j’ai appris toutes vos langues.

La petite graine dans sa coque

De cette époque de graine, je garde le souvenir d’un nirvana inexplicable, où je sentais partout sur moi la douceur de la chaleur, comme un agréable massage qui me plongeait dans un demi-sommeil de bienheureuse. C’était l’été. Beau, chaud, les oiseaux gazouillaient. Un jour, sans doute sous l’effet de la chaleur, notre coque s’est fendue. Pour la première fois, entre moi et lui, cette chose admirable qui diffuse sa lumière et sa chaleur – ce truc si éblouissant que vous appelez soleil, entre moi et lui il n’y avait plus rien d’autre que l’air. Parfois il y avait la brise et les jours passaient dans cette molle éternité d’amour. Je me suis prise d’une passion folle pour ce soleil qui ne m’a jamais déçu, jamais trahi. De cet amour éternel et de sa loyauté indestructible, je lui reste reconnaissant à tout jamais. Et je profite de ce blog pour lui crier haut et fort : Soleil ! Je t’aime !

Un jour, un coup de vent ou la queue du chien excité, la coque a valdingué et j’ai été projetée dans le ciel, loin loin loin, et pouf, un rebond, deux rebonds, une roulade, et le mouvement s’est arrêté. Autour de moi le paysage avait changé. Une vaste zone maronnasse/grisâtre avec une drôle d’odeur. Pour vous, ce serait comme un odeur de pourri repoussante Pour moi, c’était un parfum incroyablement attirant. Un parfum bruyant, vibrant, vivant. La terre faisait du bruit, elle me parlait, elle chantait, le chant des sirènes. J’aurais voulu m’enfoncer dedans, disparaître à tout jamais dans cette matière merveilleusement puante, mais j’avais trop peur de quitter le soleil. Pourtant le soleil n’était plus là aussi souvent et quand il était là, c’était moins longtemps. Bien sûr il y a la nuit, zut je ne vous ai pas parlé de la nuit. Mais je ne vous en ai pas parlé simplement parce que la nuit, je fais comme vous, je dors, je rêve. Disons que nous les plantes, on a des nuits qui ressemblent aux vôtres où comme vous, on se repose. Mais là ce n’était pas la nuit et j’avais l’impression que dans les journées, le soleil s’éloignait de moi. J’avais peur de l’avoir lassé avec mes déclarations d’amour. J’étais jeune et sans expérience, inquiète. Il y avait aussi ce truc bizarre, humide qui me tombait dessus, j’avais parfois l’impression de ramollir. J’aimais ça aussi, la pluie.

A quelques mètres de moi il y a des grandes plantes, très hautes qui pointaient leurs pétales bleus mauves vers le ciel. Vu du sol elles n’étaient pas très spectaculaire mais cela me donnait une folle envie de monter haut vers le ciel, de les voir mieux et de sortir des fleurs aussi jolies que ça. A écouter les humains, j’ai appris que c’étaient des asters. La vache que c’était beau. La vache que le monde était beau.

Aster

Seulement sous l’effet de la pluie les asters se sont mis à pencher et pour finir, ils se sont effondrés sur moi. Saisie de panique je me suis mise à hurler mais soudainement flock, une feuille à moitié pourrie m’a littéralement recouverte me cachant à tout jamais mon soleil adoré. La bouche pleine de cette pourriture, j’ai suffoqué dans une peur indescriptible.

En un éclair de seconde je me suis rappelé cette série télé qu’un humain regardait sur sa tablette où un type était anesthésié. On lui demandait de compter jusqu’à dix. Alors moi aussi j’ai décidé de compter jusqu’à dix en me disant que la mort, la mort ne serait pas pire qu’une anesthésie. C’est comme ça que sous ce tas d’asters flétris par l’automne, sans avoir le temps d’arriver à trois, la graine que j’étais a disparu.

 

 

 

 

 

 

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